Luz ne veut plus dessiner Mahomet

Luz, auteur de la Une controversée du numéro de « Charlie Hebdo » paru après la tuerie de janvier, a déclaré qu’il ne dessinera plus le personnage de Mahomet.

Près de quatre mois après l’attentat contre « Charlie Hebdo » le dessinateur Luz remonte difficilement de l’enfer. Celui qui a échappé à l’attaque des frères Kouachi qui a coûté la vie à ses collègues et amis Cabu, Charb, Honoré, Tignous, Wolinski et à sept autres personnes s’est livré dans « Les Inrockuptibles », publié mercredi. Dans cet entretien, il raconte qu’il ne dessinera plus le personnage de Mahomet. « Je ne dessinerai plus le personnage de Mahomet, il ne m’intéresse plus. Je m’en suis lassé, tout comme de celui de Sarkozy. Je ne vais pas passer ma vie à les dessiner », déclare-t-il.

En janvier dernier, le numéro des « survivants » paraissait, avec en couverture la caricature de Mahomet qui tenait une pancarte « Je suis Charlie ». Le dessin avait provoqué de violentes manifestations dans plusieurs pays musulmans. Sorti une semaine après la tuerie perpétrée par les frères Kouachi, le 7 janvier, il avait été diffusé à 8 millions d’exemplaires, un record historique pour la presse française.

« Il y a un poids énorme sur mes épaules »

En pleine promotion de l’album de dessins baptisé « Catharsis », le caricaturiste a aussi raconté ses difficultés à reprendre le crayon après l’attentat. « Je me force. Il y a un poids énorme sur mes épaules, celui du collectif, de la mémoire, une lourdeur personnelle – qui serais-je si je ne dessinais plus ? Même si c’est par orgueil, je ne pouvais pas dire  : « Je vous laisse tomber ». Je commence à griffonner. Toujours le même personnage  : un petit bonhomme sidéré. Celui-là même que j’avais dessiné la veille au 36, quai des Orfèvres lorsque les policiers m’ont demandé ce que j’avais vu. Ce personnage a vu quelque chose qu’il ne voulait pas voir », raconte-t-il.

Alors qu’on l’interroge sur une déclaration de Philippe Val, l’ancien patron de « Charlie Hebdo », qui avait estimé, peu après l’attentat, que les terroristes avaient gagné, il rétorque : « J’ai sauté au plafond en entendant ça. C’est tellement dingue. Il n’est plus lui-même, ce garçon, et il ne parle qu’en son nom. Il n’est plus Charlie, il n’est pas Charlie. Il fait juste partie de l’histoire de Charlie. Il est dans le déni de ce qu’il a été pour ce journal », ajoute-t-il. « Les terroristes n’ont pas gagné. Ils auront gagné si la France entière continue d’avoir peur », conclut-il en estimant qu’il s’agit du « ressort du FN ».