La liberté provisoire a été accordée à la romancière Asli Erdogan

Deux femmes sortiront de la prison de Barkirkoy : le juge vient en effet d’accorder la liberté provisoire à la romancière Asli Erdogan, à la linguiste Necmiye Alpay, ainsi qu’au directeur du journal pro-kurde Özgür Gündem, Zana Bilir Kaya.

En revanche, il semble que son rédacteur en chef reste en détention. Asli Erdogan comparaissait jeudi pour la première fois devant un tribunal à Istanbul dans le cadre d’un procès pour activités «  terroristes  », avec huit autres personnes (dont cinq avaient pu fuir, échappant ainsi à la prison).

En détention préventive depuis plus de quatre mois, Asli Erdogan est accusée avec d’autres ex-collaborateurs du journal, fermé par décret, de «  propagande terroriste  » et d’être «  membre d’une organisation terroriste  », en l’occurrence le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

Une petite salle comble

Dans ce procès intitulé «  procès Özgür Gündem  » rappelle le site Kedistan, sont également jugés, en liberté, Eren Keskin, avocate et vice-présidente de l’Association turque des droits de l’homme (İHD), Filiz Koçali, femme politique, féministe et journaliste, Ragıp Zarakolu, militant des droits de l’homme et éditeur, Kemal Sancılı, ancien directeur d’édition d’Özgür Gündem, et Bilge Contepe.

Devant la cour, dans une petite salle comble et surchauffée, nous raconte un témoin, Asli Erdogan a pris la parole pour sa défense au fil d’un texte d’une grande force. «  Il ne me revient pas d’expliquer le droit à une salle remplie de juristes. Défendre la justice, c’est votre devoir, a-t-elle déclaré. Je passe dans l’histoire comme la première femme de lettres jugée dans ce siècle avec une perpétuité aggravée en lieu et place de la peine de mort. Je me défendrai comme si le droit était respecté… De la même manière qu’il ne peut y avoir de justice sans conscience, il ne peut y avoir de littérature sans conscience. Je n’ai jamais entendu parler de quelqu’un qui aurait rejoint une organisation armée après trente ans consacrés à l’écriture  !  » Necmiye Alpay a pris la suite sur le banc des prévenus.

«  Une honte  »

Plusieurs dizaines de personnes s’étaient rassemblées avant le début de l’audience devant le palais de justice de Caglayan, à Istanbul, sous la pluie battante et le vent, pour soutenir les prévenus, a constaté l’AFP. «  Nous sommes ici par solidarité avec les prévenus et pour défendre la démocratie. C’est maintenant ou jamais qu’il faut le faire. Après, il sera trop tard, la dictature sera là  », a déclaré à l’AFP Murat, 48 ans. «  Cette affaire est une honte pour la Turquie, une honte pour [le président] Recep Tayyip Erdogan et une honte pour l’Europe qui ne fait rien pour soutenir la liberté d’expression  », a affirmé Leyla Kizilkaya, venue, elle aussi, soutenir les journalistes et écrivains jugés jeudi.
La page Facebook dédiée Free Asli Erdogan, qui porte aujourd’hui bien son nom, a suivi le procès en direct.

L’arrestation de la romancière âgée de 49 ans a provoqué une vague d’indignation en Turquie et dans le monde, relayée par de nombreux artistes, intellectuels et écrivains.  Physicienne de formation et lauréate de nombreux prix, Asli Erdogan a vu ses romans traduits dans plusieurs langues. Le dernier paru traduit en français, Le Bâtiment de pierre (Actes Sud, 2013), dénonce métaphoriquement la torture et les conditions de détention en Turquie. Le Point publie en exclusivité des extraits de ses dernières chroniques traduites par Actes Sud et parues dans le journal incriminé. Le recueil ne sera pas publié en Turquie à la suite des menaces qu’a reçues son éditeur.