L’intellectuel et essayiste Tzvetan Todorov est mort

Né en 1939 à Sofia, l’essayiste vient de mourir à 77 ans à Paris. L’auteur de « Mémoire du mal. Tentation du bien » laisse un ouvrage qui paraîtra en mars.

Il était essayiste, théoricien de la littérature et historien des idées. L’intellectuel français d’origine bulgare Tzvetan Todorov est décédé mardi à l’âge de 77 ans, a annoncé sa famille à l’AFP. Tzvetan Todorov «  est décédé entouré de ses proches le 7 février 2017, victime des complications d’une maladie neurodégénérative (AMS). Il venait de finir son dernier livre, Le Triomphe de l’artiste, qui doit paraître au mois de mars  », a indiqué sa fille dans une courte déclaration transmise à l’AFP.

Né en 1939 à Sofia, Tzvetan Todorov s’était d’abord fait connaître avec ses essais sur la littérature comme Littérature et signification et Introduction à la littérature fantastique. Représentant du courant du structuralisme, il fonde en 1970 la revue Poétique avec Gérard Genette. Tzvetan Todorov va ensuite se détacher de ce courant pour se consacrer à partir de la fin des années 1970 à l’histoire des idées. Avec son étude La Conquête de l’Amérique (1979), il ouvre une nouvelle voie, entre histoire littéraire, philosophie et anthropologie.

Un réexamen de l’héritage des Lumières

Ses réflexions portent sur la rencontre des cultures (Nous et les Autres, Seuil, 1989), la vie morale (Face à l’extrême, Seuil, 1991), l’humanisme (Le Jardin imparfait, Grasset, 1998), la démocratie, le totalitarisme (Les Morales de l’Histoire, Grasset, 1991 ou Les Ennemis intimes de la démocratie, Robert Laffont, 2012). Spécialiste parmi les plus érudits de l’héritage des Lumières, il le soumet à un réexamen constant (Mémoire du mal, tentation du bien, 2000).

Il a consacré plusieurs essais à des auteurs proches de cette philosophie, comme Rousseau, Benjamin Constant, Montaigne, le peintre Goya, mais aussi, plus récemment, à la poétesse russe Marina Tsvetaïeva ou l’ethnologue Germaine Tillion. Président de l’Association Germaine Tillion, Tzvetan Todorov s’est employé à faire reconnaître son action et son œuvre, exemplaires selon lui d’une vie authentiquement dirigée par la «  recherche du vrai et du juste  ». Il avait publié en 2015 Insoumis, série de portraits de résistants, de Germaine Tillion à Edward Snowden.

«  Dubitatif  »

Profondément européen, venu d’un pays où régnait le totalitarisme, il a toujours marqué son attachement au pluralisme des pouvoirs, à la diversité des cultures et des idées. Peu présent dans le débat public, il s’est cependant prononcé contre l’intervention de l’Otan au Kosovo en 1999 et contre la guerre des États-Unis en Irak en 2003.

En 2011, il nous avait ainsi accordé un entretien à l’occasion de la sortie d’un essai sur Goya  : Goya à l’ombre des Lumières. L’occasion de revenir sur la part d’ombre des Lumières. Mais aussi de réagir à l’actualité, en l’occurrence la guerre en Libye  : «  Depuis vingt ans, nous sommes pris par un élan messianique qui consiste à croire qu’on peut apporter la démocratie et les droits de l’homme en les imposant par la force  ! C’est un projet qui me laisse profondément dubitatif…  » expliquait l’intellectuel.

En 2012, il avait aussi réagi pour aux propos de Claude Guéant selon qui «  toutes les civilisations ne se valent pas  ». Car si Tzvetan Todorov rejetait le relativisme induit par une pensée paresseuse, il s’insurgeait contre une déclaration «  sommaire, qui créait l’amalgame  ». Et remettait les idées au clair. Directeur de recherche honoraire au CNRS, professeur invité dans plusieurs grandes universités américaines, il a été marié avec la romancière franco-canadienne Nancy Huston jusqu’en 2014.